#3 – L’origine de l’école

Des Lumières à aujourd’hui, un long chemin vers l’enseignement obligatoire, laïc et gratuit.

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Au siècle des Lumières réapparaît l’idée de l’instruction pour tous, mais nous sommes encore loin de sa démocratisation. L’instruction obligatoire, laïque et gratuite prendra encore bien des années avant de faire l’objet d’un texte de loi.

Contrairement à Diderot qui encourage l’éducation du peuple, Voltaire défend la nécessité d’une « populace » vivant de son travail, qui doit être guidée mais pas instruite. Il écrira même : « Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. (…) Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes (...) Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. » [1]

Pendant la Révolution française, Condorcet [2] écrit dans son rapport sur l’instruction publique remis à l’Assemblée législative en 1792 : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à la raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. »

En 1793, le député Louis Joseph Charlier [3] propose un texte visant à instaurer un enseignement primaire obligatoire, laïc et gratuit. Le texte est voté le 25 décembre 1793, mais la réaction thermidorienne supprimera l’obligation puis la gratuité et il faudra attendre 1882 pour qu’une nouvelle loi soit votée dans ce sens, avec Jules Ferry.

En 1828 est créé le premier « ministère de l’instruction publique » et en 1833, toutes les communes de plus de 500 habitants ont l’obligation de posséder une école pour garçons. Il faudra attendre 1850 pour qu’elles commencent à être « incitées » pour les jeunes filles.

Jean Macé [4] créé en 1866 la Ligue de l’enseignement qui se bat pour l’instauration d’une école gratuite, obligatoire et laïque. Entre 1881 et 1882 est votée une série de lois, les « Lois Ferry », qui rend l’instruction primaire de tous les enfants (garçons et filles de 6 à 13 ans) laïque, obligatoire et gratuite. Ces lois, qui concernent « l’instruction » et non « l’école », sont fondées sur la conviction qu’elles permettront l’introduction progressive des idées républicaines dans les régions de France les plus isolées.

Ce n’est qu’en 1924 que les programmes scolaires des écoles de garçons et de filles deviennent identiques. En 1930, l’enseignement secondaire devient à son tour gratuit, et en 1932, « l’instruction publique » devient « l’éducation nationale ». Comme on peut le voir, le concept d’enseignement a beaucoup évolué depuis des millénaires. Pour autant, de nombreux progrès restent à faire pour améliorer le système éducatif et maintenir un principe d’accessibilité et d’égalité. Comme dans tout progrès, un travail permanent est nécessaire pour maintenir les vraies avancées.

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< Deuxième partie : De Charlemagne à la Renaissance, les balbutiements de l’école pour tous

La Libellule

[1Lettre de Voltaire du 1er avril 1766 adressée à l’écrivain Étienne-Noël Damilaville.

[2Nicolas de Condorcet (1743-1794) était un mathématicien et homme politique français, représentant des Lumières, célèbre pour ses travaux sur la statistique et les probabilités, son analyse des modes de scrutin possibles, son action politique et ses réformes du système éducatif et du droit pénal.

[3Louis-Joseph Charlier (1754-1797) était un homme politique et révolutionnaire français. Il est célèbre, notamment pour avoir prôné l’enseignement primaire obligatoire, laïc et gratuit, ainsi que l’égalité des sexes en défendant la possibilité aux femmes de créer des clubs politiques. Il déclara le 30 octobre 1793 à la tribune de la Convention : « Je ne sais sur quel principe on peut s’appuyer pour retirer aux femmes le droit de s’assembler paisiblement. À moins que vous contestiez que les femmes font partie du genre humain, pouvez-vous leur ôter ce droit commun à tout être pensant. »

[4Jean François Macé (1815-1894) était un pédagogue, enseignant, journaliste et homme politique français et franc-maçon. Issu d’un milieu ouvrier, il est l’un des fondateurs de la Ligue de l’enseignement.