Soyons fous, ennuyons-nous !

Petite invitation à la flânerie…

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Après quoi courons-nous sans cesse ? Nous vivons dans un rythme de plus en plus effréné au point que nous avons dû inventer le concept de Slow Life [1] pour combattre le toujours plus : toujours plus rapide, toujours plus performant, toujours plus rentable et multi-tâche…

La paresse est mal perçue dans notre société, associée à la fainéantise elle est même l’un des sept péchés capitaux… Elle est pourtant nécessaire à notre équilibre : sans temps de pause, le cerveau ne peut pas assimiler les informations qu’il accumule sans cesse et nous ne nous ressourçons pas. Certaines études rapportent même qu’un cerveau qui s’ennuie fonctionne de façon toute aussi intense, voire plus que lorsqu’il est actif.

Plus qu’un moment de détente et de plaisir, les moments de paresse sont vitaux à notre organisme. Pourtant, à une époque où tout va de plus en plus vite, où nous sommes en permanence sollicités et où il est mal vu d’avoir l’air inoccupé, nous ne savons plus ne rien faire. Frédéric Lenoir [2], dans un entretien avec Elle, nous rappelle que « nos outils de communication, qui sont censés nous faire gagner du temps, nous en font perdre énormément. » Entre l’ordinateur et le smartphone, nous n’avons plus aucun répit ni temps mort ; le bouton pause à disparu de notre mode de pensée. Nous absorbons un millier d’informations dont la plupart nous sont parfaitement inutiles, au lieu de nous enrichir réellement. Nous nous usons, toujours plus stressés, éreintés, dispersés ; pas sûr que l’efficacité s’y retrouve ! Frédéric Lenoir nous dit encore qu’il ne peut pas y avoir de joie profonde dans l’agitation.

Jean d’Ormesson, dans son Éloge de l’ennui et de la paresse [3], nous affirme que « la paresse, rien de plus clair, est la mère des chefs-d’œuvre », il y évoque comment les plus grands génies ont accouché de leurs œuvres les plus fameuses… Descartes, Newton ou Archimède ont eu leurs révélations alors qu’ils étaient dans une contemplation « passive ». Aujourd’hui, dans une culture de l’abrutissement où la sollicitation permanente nous empêche de réfléchir, ralentir serait presque un acte politique, du moins un acte d’intelligence et de survie.

La paresse retrouverait-elle donc une noble place aujourd’hui ? L’enseigne Vision Plus n’a en tout cas pas reculé pour nommer sa gamme de montures de lunettes bohème chic « la Paresseuse » [4]. Dans un autre ordre d’idées, Les Sentiers du Marais ont été conçus comme une invitation à la flânerie, une promenade où l’on n’a pas hésité à ouvrir la galerie commerciale sur l’extérieur, laissant au regard le loisir de se perdre à l’horizon.

La Libellule

[1Slow Life : « vie lente » en anglais, est un mouvement initié dans les 80’s, en réponse à l’accélération globale et qui prône le ralentissement dans divers domaines, tant pour l’homme que pour la planète.

[2Frédéric Lenoir, Sociologue, spécialiste des religions et spiritualités, dans une entretien avec Elle : http://www.elle.fr/Love-Sexe/News/Phenomene-une-folle-envie-de-ralentir-3030413

[3L’éloge de l’ennui et de la paresse, un texte de Jean Dormesson publié dans son livre « Qu’ai-je donc fait ? », Éditions Robert Laffont, 2009.
https://www.facebook.com/notes/le-travail-%C3%A0-tout-prix-/-%C3%A9loge-de-lennui-et-de-la-paresse-par-jean-dormesson/1184204858285091

[4Modèle disponible aux Sentiers du Marais – Vision Plus : http://www.vision-plus.fr/montures/montures-optiques/la-paresseuse-par1508-ecaille-389226.html